Digital détox : comment j’ai vécu 3 jours sans smartphone

Mon smartphone, c’est mon outil de travail, mon moyen de communication par excellence, celui où je conserve toutes mes photos et toutes mes notes indispensables type codes d’entrée d’immeubles, identifiants des impôts et compagnie. Je me suis souvent demandé comment je ferai sans, ou pire, si je perdais tout. C’est chose faite. Mardi, après un super petit-déjeuner à l’hôtel Thoumieux (j’ai donc perdu toutes mes photos du lieu), mon téléphone la lâché alors que j’allais au bureau. La batterie est littéralement morte.
Bilan : deux heures d’attente chez Apple le soir, pour qu’on me dise qu’on va me donner un téléphone de remplacement au prix de la batterie (89€) OU que je dois racheter un téléphone. Je prends la première option. Mon écran s’étant cassé il y a plus d’un an, c’était pas mal de tout remplacer pour ce « petit prix ». Seul hic : Apple n’a pas mon modèle de iPhone en stock, je dois donc attendre de le recevoir, entre 5 et 7 jours. Ils regardent s’ils ne peuvent pas me prêter un autre iPhone en attendant, mais impossible. Je suis donc contrainte et forcée de me lancer dans une digital détox. Chose que je ne me serais jamais infligée, car impossible au regard de mon travail et de ma nécessité (mon envie ?) de communiquer non stop avec mes proches. En attendant je n’ai que mon ordinateur de bureau et mon iPad.

Pour mieux appréhender les choses, j’ai voulu en faire une expérience spéciale pour retracer mon parcours digital détox jour après jour, car j’espérais en tirer quelques leçons et ça a été le cas.

Mardi, jour 1 : la réadaptation à un monde sans smartphone

11h : Mon téléphone ayant lâché le matin, la journée au bureau n’a pas été compliquée, puisque j’étais connectée au monde via mon ordinateur. Seul bémol en fin de matinée : Guilhem inquiet de ne pas avoir de news alors qu’on s’échange des messages non stop toute la journée. Il me contacte via les réseaux sociaux, je réalise que j’ai peut-être déjà une avalanche de messages et notifications et que je dois prévenir mon entourage. Première petite angoisse, je constate que je suis injoignable.

18h : Deuxième défi le soir, ou plutôt défi et sidération, quand je suis allée chez Apple. Je pars du bureau en cherchant juste l’adresse, mais sans regarder l’itinéraire. Par réflexe, je pensais le faire sur le chemin du métro, comme d’habitude. Je me suis alors retrouvée embêtée, à ne pas savoir à quelle station de métro m’arrêter. Je sors Rue du Bac, arrêt que je croyais être le bon, c’était en fait Mabillon. À 20 minutes à pied. Sur le plan de la rue indiqué dans le métro, je ne trouve pas la rue du Apple store. J’explique mon problème à des passants, aucun n’a voulu m’aider, j’ai eu 5 refus !! Une indifférence ou une impolitesse hallucinante… J’avais pourtant veillé à ne pas me diriger vers des gens pressés, mais assis ou qui attendaient quelqu’un… J’ai un peu perdu foi en la nature humaine avant que la sixième personne me vienne en aide.

Une fois dépassé cette difficulté, une autre : me repérer dans la rue sans GPS, moi l’accro au GPS, moi la fille qui n’a aucun sens de l’orientation, même dans un lieu où elle va tout le temps. Je connais les quartiers, je connais les rues, mais l’itinéraire, c’est autre chose… J’ai donc perdu 5 minutes à me repérer réellement et à retrouver les bonnes rues. Je réalise que mon iPhone m’a empêché de travailler mon sens de l’orientation et que j’en suis dépendante au moins pour ça. Côté angoisse ou stress, si j’éprouve une frustration de ne pas textoter, étrangement, les réseaux sociaux ne me manquent pas. Je me dis même que je me moque d’avoir loupé une journée entière sur Instagram. Mais je sais qu’une fois mon nouveau téléphone remis, j’y retournerai de suite.

20h : Côté « occupation », en attendant 2 heures chez Apple j’ai enfin terminé le livre que j’étais en train de lire et que je traînais depuis trop longtemps. Si mon téléphone avait été valide, c’est certain que j’aurais lu les actus, mes messages, et surfé sur les réseaux. Ce soir-là, je me suis sentie sereine et j’ai vécu la notion du temps autrement. Je me suis juste demandé comment j’allais travailler correctement pour relayer les évènements où je vais jusqu’à la fin de la semaine voire le début de la semaine prochaine. Et puis j’ai lâché prise. Pour l’instant, ça va…

23h : je réalise que mon smartphone est mon réveil et ma radio, je demande donc à Guilhem d’enclencher le réveil sur son téléphone et je me dis que j’écouterai la radio sur mon iPad. C’est une autre organisation à laquelle je dois m’habituer, surtout quand on est démuni de ces « vieux objets techno » tels que réveil et radio…

Mercredi, jour 2 : un peu de hauts et beaucoup de bas

7h : normalement avant le travail, pendant mon petit dej, je fais le tour des actualités sur mon smartphone. Ce matin, le iPad le remplace, mais c’est forcément différent. Je pense à ce soir : on va au resto, on va devoir se donner pas mal de repères en avance pour se retrouver. Ce qui m’inquiète le plus, c’est pas tant de ne plus avoir internet sur mon téléphone, c’est être injoignable et ne pas pouvoir contacter qui que ce soit. Je me souviens aussi que Engie m’a fixé un rdv ce matin à 9h, que je devais avoir un SMS ce confirmation et que l’agent devait me téléphoner au cas où. Je ne sais donc pas s’il passera.

9h : j’ai eu la chance de croiser dans mon escalier d’immeuble l’agent de Engie qui avait tenté de m’appeler plusieurs fois depuis hier pour confirmer le rdv. Donc parfois, on peut s’en sortir sans téléphone, mais ça repose sur un peu de chance. J’arrive au bureau, je suis un peu déconnectée et sereine à la fois. Je découvre calmement mes 10 notifications Twitter, mes notifications sur Facebook et mes mails perso. Étrangement, rattraper les notifications en retard ne m’a pas dérangé.

13h : je suis toujours sereine, et c’est sûrement le fait d’être sur un ordinateur toute la journée qui me garde un minimum connectée. À la pause dej, je réalise juste qu’il s’est passé plusieurs choses sur les réseaux sociaux dont les collègues parlent, et non seulement je ne suis pas au courant, mais je ne peux même pas aller voir. Avoir les réseaux sociaux, accro ou pas, ça aide quand même à rester à l’affût.

18h : La journée se passe bien, c’est le soir qui est plus compliqué. Comme ce genre de péripétie n’arrive jamais seule, je découvre en arrivant chez moi que nous n’avons plus d’eau. Je dois vérifier si elle est coupée chez nous uniquement ou dans tout l’immeuble. Je fais le tour des appartements, personne. Les gens ne sont pas encore rentrés du travail. Je me sens seule, sans téléphone, et toute seule dans cet immeuble. Je dois retrouver Guilhem au resto, je me dis qu’on verra en rentrant, que c’est sûrement temporaire. Sur le chemin, je me plonge dans un livre de Modiano qui me déprime et auquel je n’accroche pas du tout. Petit coup de blues. La peur d’arriver en retard à notre rendez-vous me fait arriver 20 minutes en avance, je dois attendre et je me sens bête d’être partie si tôt pour rien. Les commerces sont déjà fermés, il fait nuit, le point relay vient de fermer donc impossibilité d’acheter un mag pour patienter, mon livre ne me plait pas… je ressens une grande solitude et aussi l’insécurité, pour la première fois. Je m’assois sur un banc à côté du métro en attendant Guilhem, en face de moi se trouvent des SDF qui n’ont pas l’air méchant, mais qui sont alcoolisés, et je ne suis pas rassurée. Je me sens vraiment très seule et comme je n’ai rien à faire, je cogite un peu trop. Elles passent très lentement, ces 20 minutes. La soirée passe et tout va mieux, mais je réalise que c’est presque dangereux de ne pas avoir un téléphone aujourd’hui. Je réalise qu’on a 29 et 31 ans, et qu’on a eu nos premiers téléphones à 13 ou 15 ans, le début de notre indépendance, le début des sorties. On est donc jamais sortis sans. Et ce soir, l’absence de téléphone m’a vraiment angoissé.

20h : durant notre dîner, Guilhem s’amuse à me narguer, il me montre le flux Instagram, il poste une photo, il me demande si je veux poster une photo aussi, je refuse. Je lui dis que c’est pas tant ne pas être sur les réseaux sociaux qui me manque, c’est joindre et être joignable. J’ai découvert, à ma grande surprise, que je n’étais pas accro aux réseaux sociaux, que je me moquais de ne plus y être un moment, et j’en suis un peu fière. Je lui dis bien sûr, que si ça ne me fait rien, instagram est pourtant la première appli sur laquelle j’irai avec mon nouveau téléphone. Je lui dis aussi que là, c’est pas grave, mais que ce weekend on part à La Baule, et que tant pis je posterai des photos car j’aurai sûrement envie de partager ça. Guilhem me dit qu’il faut choisir : soit je fais la digital détox en entier, soit j’arrête maintenant sinon c’est pas logique. Je décide de continuer, comme un défi à relever… en espérant recevoir mon téléphone vendredi.

23h : retour à la maison, toujours pas d’eau. Vu l’heure, on ne peut pas sonner chez les voisins, on attend demain matin…

Jeudi, jour 3 : une journée XIXème siècle

7h : toujours pas d’eau. On se lave à l’eau micellaire et je déprime totalement, car je réalise que sans téléphone et sans eau, je vis au XIXème siècle. Ça devient difficile, mais heureusement en partant travailler, on constate que c’est un problème général dans l’immeuble. Je pars travailler rassurée, mais en me sentant mal, et je n’ai qu’une hâte : que le plombier répare tout ce matin pour me doucher à la pause dej…

13h : je passe chez moi, le problème d’eau est réglé, je prends enfin une douche et la vie reprend. Sans téléphone, mais ça va beaucoup mieux.

17h : j’apprends que mon smartphone est dispo au Apple Store. C’est la fin de ma digital detox, et 3 jours, c’était suffisant.

 

Conclusion, je suis super fière d’avoir observé ma non addiction des réseaux sociaux. Vivre 3 jours sans smartphone, c’est réaliser qu’on s’habitue à trop se reposer sur lui et à ne plus faire d’effort. Avec mon téléphone je ne développe vraiment pas mon sens et l’orientation, il est peut-être même pire qu’avant. Je ne me souviens pas non plus des numéros de téléphone de mes proches. Sans téléphone, j’oublie bien plus de choses au quotidien car je ne peux plus me programmer de rappels électroniques. Le téléphone est presque devenu notre mémoire de secours. En digital detox, je me suis surprise à me concentrer plus que d’habitude, et j’ai imaginé que les digital native devaient avoir des mémoires de poisson rouge.

J’ai aussi réalisé que comme on s’est adapté à vivre avec des écrans partout, on s’adapte assez rapidement à la vie sans, excepté une chose : être injoignable, c’est parfois se mettre en danger. Autre point : la notion de solitude. Je ne me suis jamais sentie aussi seule que sans téléphone car ce dernier nous fait communiquer H24 avec le monde entier, de différentes manières, et pendant 3 jours, je n’ai senti aucun lien, aucun échange. Ça m’a rendu triste et perdue. On aurait tendance à croire que se couper du digital nous ouvre au monde, mais ce n’est pas toujours vrai. Une chose est sure, jamais je n’aurais été capable de tenter l’expérience si je n’avais pas été obligée.

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