Continuer d’aimer Paris, c’est peut-être la quitter en vivant juste à côté

Pourquoi on aime Paris autant qu’elle nous agace, et pourquoi tant de monde y reste ?

Avec Guilhem, on a toujours constaté que même si on vivait nos voyages à fond et qu’on avait de grands coups de cœur pour certaines villes, où qu’on aille, y’avait pas photo : quand on revient à Paris on réalise qu’il n’y a pas plus beau. On ressent cela à chaque fois, même après nos trois semaines à New-York, sûrement l’un des plus beaux voyages qu’on ait fait ensemble, où l’on a vécu comme des américains, où l’on a profité à fond jusqu’à être étonné de revoir Paris après, si « petite » et exiguë. Quand on sort de l’aéroport et qu’on arpente les rues parisiennes en voiture, on sourit, on se regarde, et on se dit « On a quand même de la chance de vivre ici ».

Et puis ça passe. On s’habitue aux décors majestueux, au charme de ses rues, à son animation, jusqu’à parfois avoir envie de la fuir. Alors on repart en voyage, ou en week-end, et on revient et ça recommence. On admire Paris, puis on s’en lasse et on ne la regarde plus avec ces grands yeux émerveillés des débuts. Parce que vivre à Paris, c’est si différent que d’y passer une journée, un moment. Le quotidien ne nous aide pas à l’apprécier à sa juste valeur.

J’ai grandi en banlieue parisienne (j’ai horreur de ce terme…), dans l’Essonne, pendant 19 ans, avant de vivre à Paris. J’ai aimé vivre dans une maison avec des étages, avoir un grand jardin pour prendre l’air n’importe quand sans demander l’autorisation, faire du vélo dehors à 20 heures si j’en avais envie sans devoir être surveillée, avoir de l’espace, ma chambre à moi dès la naissance, dormir sans bruit (j’insiste sur ce point car même si les chambres à Paris donnent très souvent côté cour, c’est indéniable, on dort mieux partout ailleurs), enchaîner les barbecues dans le jardin, pouvoir crier sans se soucier des voisins, taper du pied et courir, marcher en talons, sans se dire « mince, je vais saouler les voisins du dessous », mettre la musique à fond sans peur d’être interrompue, … Un petit goût de liberté quotidienne. Mais à l’adolescence, j’ai commencé à rêver de Paris, à découvrir la ville de fond en comble, je ne voulais rien d’autre que vivre à Paris. Ça a été chose faite très rapidement grâce à mes parents et j’en ai profité à fond, connaissant mieux Paris qu’un vrai parisien qui, généralement, se limite à son quartier et au quartier de son travail.

Et puis un jour, on a eu la possibilité de vivre à Issy-les-Moulineaux. Le combo parfait entre Paris et la banlieue (bien que quelques contraintes persistent : les voisins, et pas de jardin). La banlieue proche, hyper proche jusqu’à devenir une extension du 15ème, la banlieue avec le métro. Et on aime notre ville comme jamais. À tel point que Guilhem, vrai parisien, n’a pas vraiment douté sur la question de passer le périph (et tous les parisiens savent ô combien c’est un effort, voire un sacrifice). Pour nous, Issy c’est Paris, avec tous ses avantages et aucun de ses inconvénients. On y dort sans aucun bruit comme en banlieue « lointaine », on a cette vie de quartier si précieuse, renforcée par la centralisation des commerces qui forment une grande famille et qu’on aime retrouver régulièrement, presque quotidiennement. Alors oui, les commerces sont aussi centralisés à Paris, et beaucoup diront qu’on peut aussi retrouver cela en plein cœur de Paris, sauf qu’en plus, il y a les klaxons, le métro aérien, la saleté, l’agitation, le bruit. Tout ce qu’on retrouve de façon très minime à Issy.

Alors parfois je me demande pourquoi on vit à Paris, puisqu’on est toujours en quête de repos, d’évasion, pour échapper à ce quotidien prenant qui nous « bouffe ». On est arrivé à Issy par hasard, et j’ai réalisé que c’était un bon compromis pour ne jamais trop craquer. On vit « en banlieue », on va tout le temps à Paris, pour le travail, pour le plaisir, et on finit par apprécier Paris autrement en l’intégrant moins à la vie quotidienne faite de tâches et d’obligations. Assimiler Paris presque uniquement au plaisir, c’est assez réjouissant, et c’est peut-être le meilleur moyen de l’aborder sans s’en lasser, en l’aimant toujours passionnément.

N’ayant tous deux aucune origine « provinciale » (je n’aime pas non plus ce terme…) je pense qu’on ne bougera jamais du secteur. Du fait de nos racines en île-de-France, du fait aussi de nos métiers ne permettant pas la vie ailleurs. Je ne sais pas si l’on retournera à Paris intra-muros un jour, je ne sais pas si l’on en éprouvera l’envie, parce que quand on connait la qualité de vie à moins de 10 km de là à peine, on a sûrement du mal à y retourner. À moins de s’isoler loin dans le 16ème et ça reviendrait au même, avec une vie plus chère (donc sans intérêt). Peut-être que la meilleure manière d’aimer Paris, son architecture, ses sorties, ses expos, ses évolutions, sa mode, ses événements mémorables, bref tout ce qu’elle a à nous offrir, c’est de ne pas y vivre, pour n’y voir que sa beauté et ses avantages. Et puis avec le Grand Paris, la banlieue d’aujourd’hui est le Paris de demain…

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3 réflexions sur “Continuer d’aimer Paris, c’est peut-être la quitter en vivant juste à côté

    1. Bonsoir !
      J’ai la chance de travailler à Issy-les-Moulineaux donc de ce côté c’est le grand luxe. Par ailleurs, contrairement aux idées reçues, quand on habite au pied du metro Mairie d’Issy, on est à 30 minutes, 40 minutes si on s’éloigne dans l’est parisien, d’à peu près tout.
      Si par activité de la nuit vous entendez « sorties » et restos, on sort sur Paris puisqu’on est à côté, et à Issy il y a 4 restos top, et comme ils sont bien, pas besoin d’en vouloir plus 🙂

      Aimé par 2 people

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