Quand soudain… j’ai eu peur des réseaux sociaux

Pas digital native, mais presque, passant mes journées sur mon ordinateur et connectée aux réseaux sociaux, parce qu’ils font aussi partie de mon travail, je commence peu à peu à les considérer autrement.

J’appartiens à ces gens heureux de vivre dans leur époque, et aussi particulièrement contente d’être née à la fin des années 80.
Être née en 1988, ça veut dire avoir connu ce bruit si spécial et cette (longue) attente lors de la connexion internet à la maison. C’est avoir connu de loin caramail, via ses grands frères et sœurs, mais être directement passé à Msn et les skyblogs. C’est se souvenir des premiers téléphones portables surdimensionnés, des tam-tam et autres appareils où l’on laissait des messages en appelant une dame. L’ancêtre du SMS, en somme. Je suis plutôt heureuse de ne pas être une digital native, mais une personne qui a grandi en même temps que les internet évoluaient. J’ai ainsi connu la vie sans, et j’ai pu mesurer son pouvoir chronophage, et aussi ses dangers et ses illusions.

Par chance, j’ai toujours eu ce recul de bien maîtriser les réseaux sociaux lorsque je m’y suis inscrite, sauf peut-être au tout début de Facebook lorsque j’étais étudiante et que je ne mesurais pas l’impact de tous mes posts. Mais c’était le point de départ, quand on s’écrivait innocemment sur Facebook avec les copines, qu’on ne pensait pas que les autres lisaient. Et le monde entier n’y etait pas encore. Mais ça a peu duré. Et puis ont suivi twitter, Instagram, snapchat, … Je me suis inscrite partout pour rester à l’affût, dans mon époque. Et aussi par conscience pro, puisque travaillant dans le journalisme web, si l’on zappe une nouveauté parmi les réseaux sociaux qui sont clairement devenus des canaux de promo et d’info, c’est compliqué.
Alors depuis que je suis journaliste web, je jongle sur les réseaux sociaux, entre loisir perso et quête ou diffusion d’une info. Entre outil de travail et distraction personnelle, je pensais avoir trouvé mon équilibre sur les réseaux, clairement entrés dans mon quotidien et ma routine.

Mais les réseaux m’ont fait peur plusieurs fois. Et à chaque fois j’oublie un peu. Mais pas cette fois, je crois.

Les réseaux sociaux et la surveillance éloignée

La première fois, c’est lorsque j’étais étudiante, quand j’ai découvert que l’on pouvait suivre et être suivie par simples réseaux interposés. Si parfois c’est anodin, cela peut aussi s’avérer dangereux et je l’ai vécu. Savoir qu’on est suivi, surveillé, mais on ne sait pas quand et par qui (enfin ça, ça dépend) est un peu effrayant. Je l’ai vécu, j’ai commencé à découvrir les paramètres de confidentialité et à appliquer quelques règles, à être plus discrète et prudente, à distinguer vie privée / vie publique (vie sur les réseaux). J’ai restreint les personnes ayant accès à mon Facebook. Et maintenant je n’y poste presque plus rien. Facebook, c’était le premier vrai réseau social, mais je ne l’aime plus, je m’en suis lassée et surtout, je n’y vois plus d’intérêt personnel. Les personnes qui m’épiaient – à l’insu de mon plein gré – à l’époque ont arrêté, mais j’ai découvert qu’elles le faisaient ailleurs, où j’étais plus visible : sur Twitter et Instagram. Tant qu’on est visible quelque part, on satisfait ceux qui aiment espionner…


Les réseaux sociaux et l’interprétation 

Je suis très active sur twitter et Instagram en raison de mon travail, mais parce que ça me plait aussi. Je n’ai pas créé deux comptes, l’un dédié au pro, l’autre au perso. Trop compliqué. Et puis, les attachées de presse me connaissent et les plus proches de moi connaissent parfois mon entourage et un peu de ma vie privée donc la frontière n’était pas indispensable à créer. Mêler le pro et le perso sur les réseaux quand on est journaliste n’est pas forcément dérangeant selon moi, si l’on dose le perso : pas de photo de soi chaque jour, des épisodes de vie photographiés mais pas racontés, pas d’infos supplémentaires sous une photo qui detailleraient ma vie. Sauf que, malgré cela, j’ai découvert le nombre de films assez dingues que l’on se fait sur moi. Ma deuxième peur des réseaux.

À travers une simple photo les gens se font des idées de nos vies, sans qu’on frime, sans qu’on se révèle. C’est ainsi qu’il y a environ 3 ans on m’a dit « j’ai vu sur Instagram que tu t’étais mariée, bravo ! ». Je ne comprends toujours pas comment la personne a pu imaginer ça, sans photo de mariage ou de robe de mariée. Juste parce que j’ai posté une photo de mon couple… D’autres m’ont dit « tu pars tout le temps en voyage c’est fou comment tu fais, tu gagnes combien ? ». C’était un été où je n’avais pas de vacances. Le sachant longtemps à l’avance, je m’étais prévu des week-end à la mer (en France) chaque week-end pendant les mois d’été (payés 4 ou 5 mois avant au moins, au compte goutte, avec des offres. Et un paris – Bretagne très en avance c’est 30€…). J’y suis aussi allée deux fois en voiture avec blablacar… 10€… et là-bas, on a une maison de famille donc pas de logement à payer. Mais dois-je vraiment me justifier ?

Et puis, comme c’est cette année que je me marie et non il y a 3 ans, j’ai un jour posté une photo d’un showroom de robe de mariée. Conclusion : j’avais trouvé ma robe. Alors qu’aucun hashtag ni la légende ne le mentionnait. J’ai aussi eu droit à « j’ai vu tes photos tu as eu des vacances de rêve ! » Parce que j’avais posté des photos de la mer, sans rien raconter, et une photo de mon couple heureux d’être soudé en plein chaos personnel. En privé je vivais une crise familiale un poil stressante. Mais je ne l’ai pas raconté sur Instagram alors j’ai donné l’impression d’avoir une vie constamment fabuleuse. Parce que pour moi, Instagram, c’est poster de jolies photos, de beaux moments, des « kiffs », rien de plus. Et en général, les choses que l’on apprécie, qui nous ont fait plaisir, qu’on a envie de partager, ce sont des choses cool. Ce ne sont évidemment pas des moments de larmes ni lister ses soucis du moment ou raconter sa vie intime. Quel intérêt sur un réseau social ?


Les réseaux sociaux et la vie privée

Et voici ma troisième peur. Si on poste des photos au resto, au bord de l’eau, au sport, de son butin shopping, d’une sortie à un concert, les gens feront un court résumé : « ok, la fille elle a une vie de rêve, elle va tout le temps au resto, elle a le temps de faire du sport, elle a pas de soucis d’argent car elle s’est acheté des chaussures et en plus elle s’offre des sorties cool ». Alors oui, effectivement, j’aime aller au resto – et j’y vais aussi beaucoup dans le cadre de mon travail – je vais au sport avec plaisir, mais… Le sport c’est pas easy faut se motiver, si je poste une photo de nouvelles chaussures ça ne veut pas dire que j’en achète chaque semaine. Et qui nous dit que ce n’est pas un cadeau ? Ou des prix bradés en soldes ? Qui nous dit que les restos sont offerts ou non, que la sortie que je poste n’est pas l’unique de la semaine ?
Les gens font d’une photo une généralité. Et pire, ils pensent que les photos qu’on poste sont l’unique reflet de notre vie, que notre vie se résume à enchaîner les restos, à passer son temps dans les magasins et à sortir tous les jours. Une vie superficielle en bref.
Sur instagram, je montre le beau. Instagram, c’est mon plaisir, mon évasion, mon lieu de découverte et de partage.
Poster la photo d’un resto, c’est partager son cityguide, donner des idées aux autres, faire découvrir un nouveau lieu à quelqu’un. Poster la photo d’une session sport, c’est motiver l’autre, ou le conforter dans l’idée que non, le sport ne passera pas par lui. Poster la photo d’une sortie, c’est encore une fois informer l’autre qu’à côté de lui se passent de jolies choses et que moi, j’ai adoré, alors peut-être que lui aussi. Et ainsi de suite.
Je ne trouve pas de l’intérêt dans le fait de raconter sa « vraie » vie à de nombreux inconnus, de photographier un trou découvert dans mon collant, ma session d’envoi de courrier, ma venue au Monoprix pour les courses ni les fois où je vais à la messe, à l’anniversaire de mes neveux ou quand je passe une soirée géniale en amoureux. Le quotidien, pas intéressant ou intime, ne se partage pas. Le beau se partage, mais le beau « public ».

Récemment on m’a dit « ton compte Instagram est ouvert, ne t’étonne pas qu’on te scrute ».
S’il est ouvert c’est parce que je m’en sers pour le travail et les hashtags qui font la promo de quelque chose sont invisibles en compte fermé. Et j’ai surtout été choquée par le fait que l’on imagine que la vie qu’on partage sur Instagram est notre vie privée ou un résumé complet de notre vie.
Suite à cela, je me suis sentie épiée et pas à l’aise. Troisième peur des réseaux sociaux. J’ai réalisé qu’une quantité d’inconnus voyaient ma vie. J’ai eu envie de mettre mon compte en privé, et puis non. J’ai regardé les photos que je partageais. Je n’ai vu que des moments de bonheur, mais pas de vie privée exposée, et si c’est le cas elle est masquée, suggérée, postée sans info et c’est rare. Et je me suis dit que ceux qui croyaient que ma vie entière était sur mon compte instagram ne comprenaient pas les réseaux sociaux, et c’est tant pis. Qu’ils croient que ma vie est parfaite ou très consommatrice, s’ils le souhaitent…

L’important est de savoir qui l’on est. Sans faire croire ni avoir peur de ce que les autres peuvent imaginer. On sait ce qu’on vaut et à quoi ressemblent nos vies. Si les gens se font des films à ce propos, si les gens croient qu’ils connaissent votre vie à travers vos photos sélectionnées, mieux vaut en rire.

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3 réflexions au sujet de « Quand soudain… j’ai eu peur des réseaux sociaux »

  1. Si ça c’est pas un article coup de gueule…:-)
    En tout cas, tout égoïstement, je vais souhaiter très fort que tu ne changes pas d’envie et que tu continues à laisser ton compte instagram ouvert.
    Même si je t’ai toujours secrètement admiré admiré (envié, parfois), je n’ai jamais pensé que ton Instagram était le film complet de la vie de Katia F.
    « Mon oeil » est pour moi un blog lifestyle comme on n’en fait plus : simple, sobre, inspirant ( même si ce terme utilisé ad mauseam depuis 2 ans me donne la migraine ? ). Il me donne des idées de restos à découvrir ( ou, en tout cas, me permet d’élargir ma culture food. Exemple : ce matin, dans l’excellente émission  » Très Très Bon », il y’avait une chronique sur « Slo ». Ben, crois-moi, si tu veux, mais j’étais contente de dire à mon chéri que je connaissais déjà ce resto de nom pour avoir lu ta chronique ici.
    Sur « Mon oeil », je picore aussi des idées de lecture, me tiens au courant des dernières tendances déco et puis, j’apprécie de lire tes réflexions, que ce soit sur le sport ou sur les créatrices de mariage.
    Quant à ton feed instagram, pour moi, c’est surtout une bouffée d’air frais dans mon quotidien parfois professionnellement stressant. Mais surtout, pour moi, qui aurait tant aimé travaillé dans le journalisme web et pour qui c’est maintenant trop tard ( c’est as à 35 ans balais que je vais aller faire une formation de journalisme :-D), suivre les instagrams des gens du métier, ça me permet de conserver un minuscule lien avec ce beau métier.
    Bref, ce trèèèèèèèèèèèèèèèèèès long post pour te dire qu’il y’a a aussi plein plein de lectrices qui te suivent pas pour t’épier, mais parce que tu insuffles de la beauté, de l;’énergie, de l’inspiration dans leurs journées ( et rien que pour ça, MERCI ! ? )

    Aimé par 1 personne

  2. Tres bel article, je pars du même principe que toi, ceux qui veulent espionner et se faire des films, on ne pourra pas les en empêcher.
    Tu sais ce que tu vaux et ce que tu vis… C’est le principal.
    J’ai le même soucis sur les réseaux sociaux mais maintenant, les scruteurs dénués de bon sens me font de la peine.
    Je trouve ça triste d’aller inventer une vie aux autres pour éviter de regarder la sienne. Mais bon… C’est comme ça, on ne les refera pas 😉
    Passe une belle journée et merci pour ce post qui fait beaucoup de bien 😁

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