Pourquoi je n’ai pas aimé « Chanson douce » de Leïla Slimani

« Si c’est un prix Goncourt, forcément, je vais aimer ». Voici pourquoi j’ai acheté ce livre. La deuxième raison, ce sont tous les commentaires positifs vus sur les réseaux sociaux, et les bonnes critiques lues dans les médias.

Je n’avais donc aucun « à priori » sur le livre, bien que son histoire soit difficile.
« Chanson douce », c’est l’histoire d’un jeune couple parent de deux enfants, Mila et Adam. Si au départ Myriam ne travaille pas, elle en ressent de plus en plus le besoin pour s’épanouir hors du foyer. Confier leurs enfants à une inconnue les effraie beaucoup au départ, puisqu’ils ne l’ont jamais fait. Mais ils trouvent la perle, Louise, cette « Mary Poppins » du 10ème arrondissement de Paris qui se veut indispensable et dont l’absence est inconcevable.
Myriam et Louise instaureront une relation de confiance, voire complice, mais toutes deux se jalousent : Myriam lui envie ces instants avec ses enfants qu’elle voit trop peu et Louise envie son rôle de mère, ses enfants, jusqu’à rêver qu’un troisième arrive.
Quand soudain, la situation évolue : Louise fait plus qu’on ne lui demande et le couple se sent piégé, content qu’elle agisse ainsi et contrarié de l’exploiter. Mais c’est elle qui insiste de « faire trop » et non eux, alors ils laissent couler. Puis des comportements mystérieux se font remarquer, et de plus en plus fréquemment. Louise devient diabolique et Myriam ne lui accorde plus sa confiance. Louise finit par tuer les deux enfants.

Le livre commence d’ailleurs par cet épisode très détaillé. L’histoire démarre si fortement que l’on s’attend à cette intensité tout le long, et personnellement je ne l’ai pas ressentie. On commence donc par la fin, puis par l’historique, de l’arrivée de Louise à l’évolution puis la fin tragique, le tout entrecoupé de souvenirs, de chapitres « focus » sur des personnages et de l’après avec des interrogatoires et le suivi de l’enquête.
Si j’ai aimé le rythme du livre, et que je dois avouer qu’il a commencé si fortement qu’on attend la chute, le drame et tous ces indices sur Louise qui auraient pu interpeller, j’ai été déçue du récit très réel.
Si on le veut réel, on le transpose facilement à la vie de tous les jours, et je peux comprendre la difficulté d’une mère à laisser ses enfants à une autre femme qui finira par les voir plus qu’elle. Je peux comprendre l’amour débordant d’une nounou pour les enfants ou une famille, qui, peut-être n’a pas la reconnaissance souhaitée.
Mais quelque chose m’a dérangé : ce qui était écrit au dos du livre.

Comme à chaque fois que j’achète un livre dont j’ai beaucoup entendu parler, je ne lis jamais la quatrième de couverture. Je la lis une fois terminé, histoire de voir s’il reflète ce que j’ai pu ressentir. Parce que j’ai toujours eu un souci avec les résumés : généralement, les plus attractifs me déçoivent ensuite, et inversement les plus mystérieux révèlent une belle histoire et c’est un risque à prendre lorsqu’on ne donne que peu d’infos sur le contenu.
Au dos de « Chanson douce », figurait le résumé suivi de l’analyse : « A travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est une époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe et de culture »
Alors là, non. Faut pas abuser non plus… d’abord, je ne suis pas certaine que la conception de l’amour change selon les époques, c’est sans doute la manière dont on l’exprime qui évolue. De même pour l’éducation. Les rapports de domination et d’argent sont propres à chacun et tous les couples qui ont des nounous n’ont certainement pas tous la même vision des choses ni les mêmes attitudes, ni les mêmes préjugés de classe et de culture.
J’ai vraiment été dérangée par ce texte plein de raccourcis, parce que selon moi ce n’est pas le propos du livre, bien qu’il évoque le relationnel entre une mère et une nourrice et jusqu’où peut aller le lien entre les deux alors qu’elles ont le statut « employeur » et « employé ».

Selon moi, « Chanson douce » est un thriller à deux vitesses. On sait ce qu’il s’est passé et on retourne dans le passé pour découvrir les éventuelles raisons qui se cachaient dans la tête de là nounou. En faire un lien avec la société d’aujourd’hui est assez exagéré. J’ai aussi trouvé que le lien de cause à effet était bâclé et qu’il méritait qu’on s’attarde plus sur lui.

Dans les retours que j’ai pu lire, j’ai vu « c’est dur mais beau », « quelle claque », « captivant », « brutal mais nécessaire »… Je n’ai visiblement pas été sensible à l’histoire ni à la façon dont elle est abordée, mais elle ferait une très bonne adaptation au cinéma car on imagine très facilement toutes les scènes décrites.
C’est peut-être le souci d’un succès littéraire : on en entend tellement de bien qu’on en veut beaucoup. J’aurais aimé plus de suspense, plus de preuves concrètes de bizarrerie de la nounou, plus de force, à l’image du premier chapitre.

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