Nos 14 novembre : ce n’est pas le livre que l’on croit

J’ai mis du temps à acheter Nos 14 Novembre. Après avoir lu Vous n’aurez pas ma haine, je n’avais pas envie de lire d’autres livres sur les attentats.

L’histoire d’Antoine Leiris était belle, mais cela suffisait. J’avais adoré le fait qu’il ne relate pas les événements, mais sa vie après et tout ce qu’il a pu ressentir. Le besoin d’en parler associé à une forme détournée et pudique.

 

Au départ j’ai détesté l’idée du livre d’Aurélie Silvestre qui a perdu son compagnon le 13 novembre au bataclan, le père de leur fils Gary, 3 ans et de leur fille, Thelma, encore dans son ventre à ce moment-là.

Quand le livre est paru, c’était au moment où la bande dessinée d’une victime du bataclan était sortie, la mettant en scène dans la salle de concert. J’ai commencé à trouver cela voyeuriste, à me dire « Ok, c’est certainement une étape de la thérapie, mais pourquoi ne pas le faire sans le commercialiser ? » J’ai été très partagée par rapport à tout ce qui sortait un an après les attentats. J’étais mitigée entre ce besoin des victimes et le côté mercantile qui peut dénaturer la démarche.

 

Si Nos 14 novembre m’a d’abord dérangé, c’est parce que j’avais aimé les témoignages d’Aurélie. Tout en discrétion, en sobriété. Je considérais qu’il n’y avait pas besoin de plus et que ce livre était de trop, que sa sortie la semaine du 13 novembre était un peu trop « marketée ». J’ai pensé que si la démarche est évidemment sincère et faite pour son bien et aussi pour ses enfants, pour qu’ils connaissent l’amour fort entre leurs parents, en faire la promotion dans une période de commémoration m’a semblé inapproprié, voire profiteur. Bien que je me doute que la date de sortie a surtout été décidée par l’éditeur et non elle-même.
Mais voilà, fortement marquée par ces événements, j’ai cette sorte d’obsession qui me pousse à lire les témoignages, à regarder les reportages, à dévorer les livres. Mais pas Nos 14 novembre. Trop dur peut-être. Ou trop gênant, pouvant peut-être attirer la curiosité malsaine car on entre dans l’intimité d’une vie, d’un couple, d’une famille.

 

Et puis dans ma librairie, je suis passée devant. J’ai lu le résumé, je l’ai reposé. Quelques jours plus tard j’y suis retournée, j’ai lu un extrait, pour mesurer l’ampleur des textes, voir ce qu’il contenait vraiment.

J’ai réalisé quelque chose : le livre est surtout une histoire d’amour. Et il évoque les pensées d’Aurélie, on est dans sa tête. Il y a des flashbacks, des focus sur une étape de la reconstruction, un souvenir précis, puis le retour au présent. Comme toute personne déroutée dans son quotidien qui pense à mille choses en même temps, qui a décidé de continuer et qui vit avec son traumatisme en parallèle.
Les quelques lignes lues sur une page ouverte au hasard m’ont convaincu et j’ai retrouvé la simplicité dans les mots de la jeune femme. Ceux que j’avais aimé lors de ses interventions dans les médias. Ni une ni deux, le livre m’emporte et je l’achète. De retour à la maison, je m’allonge sur le lit et je le dévore.

 

Le livre se lit en deux heures, et d’une traite, dans l’idéal. On se met dans une bulle, on entre dans son esprit et c’est parti.
Le plus beau dans ce livre, c’est de se dire « on s’en sort toujours, on a pas le choix, on doit ». Elle a vécu l’horreur et elle s’en sort. Et bêtement, ça rassure. Comme Aurélie le dit dans son livre, son histoire est devenue publique, tout le monde a pu s’approprier sa détresse, son parcours, son vécu, puisque la photo de son compagnon est passée partout. Aurélie nous est familière, on la connaît sans la connaître. Alors savoir que « ça va mieux » même si elle ne sera jamais la femme d’avant nous réconforte un peu, comme si elle était une amie à qui l’on souhaite la meilleure reconstruction possible.

 

Lorsque j’ai refermé le livre, je me suis demandé si cette force était juste une histoire de tempérament ou un instinct de survie que tout le monde a… Nos 14 Novembre appelle à de nombreuses questions, à l’admiration, à l’empathie et à célébrer la vie, aussi. Même si l’histoire commence au début de sa nouvelle vie, avec le trouble, la recherche de Mathieu puis l’annonce de sa mort, elle est surtout une histoire d’amour.

Comme Aurélie le dit, le livre sur sa vie, son couple, son amour, est posé dans la bibliothèque de l’appartement familial. Un jour, quand ses enfants en auront l’envie et le courage, ils l’ouvriront et découvriront la force de l’amour…

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